Politique

Mémoire et conscience.

Du souhait de notre président Sarkozy de faire porter sur la conscience de tous les enfants la mort d’un enfant déporté, il n’est même pas question de parler ni de débattre. On discute le prix d’un cheval alors que c’est une poule qu’on veut nous vendre. Car ce n’est pas de mémoire dont il s’agit mais d’aliénation. Et en appelant mémoire collective ce qui ne l’est pas, c’est le sens même de la culture, du monde et de la démocratie qui sont mis en péril. Il s’agit donc d’une aberration qui n’aurait jamais du être formulée.

La rivalité et la norme.

Il n’y a de rivalité que là où il y a une norme. La rivalité consistant alors à se faire attribuer par la violence les valeurs reconnues par la norme. La normalité est dès lors ce qui fonde et légitime toute idée du politique. En finir avec la norme, consistera par suite à passer de l’essence générique à l’essence singulière. Ce passage s’effectue exemplairement au moins deux fois dans l’histoire de la philosophie, avec Spinoza d’abord et d’une manière équivalente sur ce point, avec Heidegger en suite. Ce passage de l’essence générique à l’essence singulière, consistera à intérioriser le combat, le public devient privé. Et du politique nous passons à une autre forme d’agencement et de rivalité qui seront celles de la psychanalyse.

Le bonheur.

Qu’est ce que le bonheur ? Un idéal. Peut-on y atteindre ? Oui, dans la mort. Telle est la dimension tragique de l’existence humaine que la notion de bonheur ne cesse de nous dévoiler. C’est pourquoi pour Aristote nous ne pouvons dire d’une vie qu’elle a été heureuse qu’une fois qu’elle est achevée, l’être d’une chose, comme d’une existence, ne se dévoile que dans son avoir été, ce que c’était que d’être pour la chose, nous dit ce qu’elle est. Mais n’y a-t-il de vie heureuse qu’achevée ? Pas nécessairement selon que l’on interprète différemment la dimension dans laquelle se joue le bonheur, la dimension de l’être mortel.

Par-delà bien et mal 2/2.

La négation du mal semble être un impératif pour la pensée dans l’ordre moral mais aussi dans l’ordre spéculatif de connaissance. Il était impréatif à Descartes, par exemple, de prouver l’existence d’un Dieu non trompeur -auteur de ma nature et des idées que j’ai- afin que la certitude subjective se meuve en une vérité objective. Cette négation du mal s’effectue sur deux plans : un plan objectif et un plan subjectif. Ainsi pour Socrate le Bien seul étant principe de l’être, le mal n’est pas objectivement. A cette négation s’ajoute la négation subjective consistant dans l’affirmation que "nul ne fait le mal volontairement". Il n’y a donc pas de volonté du mal, nul ne veut le mal. Le vouloir s’articule au bien. C’est le Bien que chacun veut dans ce qu’il veut. Ce bien qu’Aristote qualifie de suprême définit le bonheur. Or il se trouve que bonheur et vertu ne sont pas corrélés de façon nécessaire ou analytique. Cette disjonction constitue le véritable scandale de la raison pratique qui met en défaut la théorie tant épicurienne que stoïcienne. Ni le bonheur ne conduit à la vertu, ni la vertu ne conduit au bonheur. Le méchant n’est pas nécessairement malheureux, le vertueux n’est pas nécessairement heureux. Le mal ne peut donc être nié, d’où la tentative de "Théodicée" de Leibniz ou la "Critique de la raison pratique" où Kant prendra au sérieux cette disjonction entre bonheur et vertu.

Par-delà bien et mal 1/2.

S’il est aussi question du mal, il s’agirait avant tout d’en interroger la racine ou l’origine. Quelle est donc l’origine du mal ? Qu’est que le mal ? Toutes les philosophies morales, toutes les pensées qui se sont données pour objets les notions de bien et de mal ont consisté à nier l’existence du mal. Pour la morale le mal n’est pas. Cette volonté de nier le mal est étroitement corrélée aux pensées de la création. Dès lors que le monde est pensée à partir d’un principe rationnel, il est impossible de penser le mal comme étend issu de ce principe. Celui qui a voulu ce monde tel qu’il est, n’a pas voulu que ce monde soit mauvais. Un principe vicié ne peut pas être à l’origine de ce monde, sans quoi le monde y perd tout son sens, le monde dès lors n’est plus le lieu de l’action mais de la passion, nous n’avons plus à agir mais à subir, nous n’avons rien à connaître car rien n’assure cette adéquation que les scolastiques énoncent comme adequatio rei et intellectus, accord de la pensée et de la chose, dans ce principe suprêmement bon où la ratio essendi retrouve la ratio cognoscendi. C’est donc la question du mal qui conditionne toutes les autres questions. C’est à partir de la pensée du mal -première sur toute autre- que sont pensées le jugement, la morale, et in fine la question de Dieu. La question serait de savoir s’il est possible de penser un au-delà du bien et du mal afin de penser "par-delà bien et mal", c’est à dire de l’erreur de la morale et de Dieu afin d’échapper une bonne fois pour toute à toute emprises idéologiques ?

Travail et aliénation.

Nous avons vu dans le billet précédent une première forme d’aliénation du travail. Le savoir faire que recquiert le travail participe d’un processus d’individuation. Lorsque le travail ne requiert plus aucun savoir faire, il devient une forme d’esclavagisme dans la mesure où le travailleur n’accède plus à sa propre singularité. Dès lors que le monde du travail est en crise, il s’agit soit d’inventer des nouvelles formes d’individuation, soit de repenser le travail dans sa destination originelle bien que celle-ci puisse être remise en cause (voir le billet : "Travail et idéologie"). Pourtant il ne s’agit pas là de la forme spécifique de l’aliénation pensée par Marx.

Travail et individuation.

Toute question concernant le travail doit être raménée à son problème. Faute de quoi toute question de ce genre est frappée de vacuité. Le temps, le partage, ou l’abscence de travail ne sont pas des problèmes par eux-mêmes. Ils ne sont des problèmes que par rapport à ce dont la question du travail est issue : le problème de l’individuation. Si l’on veut faire du travail une question centrale, c’est la crise de l’individuation dans nos sociétés modernes qui devra être interrogée.

Le travail.

Puisque tel l’ouvrier sur son ouvrage, c’est en faisant des ronds dans l’eau, selon Sartres, que l’enfant prend conscience de lui-même, je fais moi aussi des cercles, et à propos du travail de surcroît. De la sorte le cercle est bouclé. Du travail, il en est question ces temps-ci et sur tous les fronts. Au cinéma avec le film de Pierre Carles, dans l’actualité politique avec le combat des coqs présidentiables, et ici donc, au bout du cercle. Suivez la ligne, elle tourne en rond.

Savoir et pouvoir.

La philosophie occidentale a trés tôt lié le pouvoir au savoir. L’idée du philosophe roi chez Platon l’atteste en effet en liant les deux notions sous la figure de ce que Deleuze nommera l’idiot. Celui qui ne sait rien, qui sait qu’il ne sait pas ce qu’il croit savoir substitue à la multitude des opinions l’unité normée du savoir scientifique sous la forme d’un sens commun universel du type "tout le monde sait", "chacun s’accorde à dire que". Dès lors que le savoir s’impose comme la norme discriminant le normal et le pathologique (anormal et anomal), le savoir devient un possible instrument du pouvoir. Et lorsque le savoir s’incarne dans des laboratoires et autres organes d’état, il devient un instrument réel du pouvoir.